Vendredi 20 février 2009 5 20 /02 /Fév /2009 11:47
Source: www.lesechos.fr

Majorité et opposition se renvoient la responsabilité de la crise

[ 19/02/09  ]

L'UMP accuse la gauche de jeter de l'huile sur le feu, tandis que le PS reproche à Nicolas Sarkozy d'avoir négligé l'outre-mer. Un député de la majorité réclame la démission d'Yves Jégo.

Très prudents au début du conflit, élus et partis de métropole se sont livré hier une bataille politique acharnée, chacun tentant de renvoyer sur l'autre la responsabilité de la crise. Avant même que ne soit annoncée la mort d'un homme tué par balle à Pointe-à-Pitre, Martine Aubry a, dès le matin, sonné la charge contre Nicolas Sarkozy, accusé de s'être désintéressé de l'outre-mer, qu'« aimaient » le général de Gaulle, François Mitterrand et Jacques Chirac. « Depuis deux ans, on ne s'est pas occupé des DOM, on ne s'est pas occupé du développement », a fustigé la première secrétaire du PS sur France Inter, exhortant l'Etat à « demander aux grandes entreprises qu'on n'a pas contrôlées - la grande distribution, les transports et le pétrole - d'augmenter les salaires les plus faibles ».

A la veille de sa rencontre avec les élus de Guadeloupe et Martinique, le chef de l'Etat a essuyé, dans les médias et à l'Assemblée, un feu nourri de critiques. « Parfois, on peut se demander si les Guadeloupéens ne sont pas pénalisés parce qu'ils ont voté à gauche », a lâché la députée socialiste George Pau-Langevin, épinglant le « silence méprisant » de l'exécutif. « Combien de morts faudra-t-il pour que Nicolas Sarkozy retrouve sa lucidité et accède enfin aux revendications des syndicats ? », s'est interrogé le Parti communiste. « Le gouvernement n'a pas su gérer cette crise. Plus encore, il a fait un certain nombre de gestes qui ont aggravé la crise », a tranché François Bayrou sur RTL. Quant au souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, il a souhaité la visite « immédiate » dans l'île de Nicolas Sarkozy ou de François Fillon, qui « au moindre fait divers en métropole multiplient les déplacements ».

Inquiétude à droite

La majorité, elle, a reproché à la gauche de mettre « de l'huile sur le feu » (dixit Frédéric Lefebvre, le porte-parole de l'UMP), et jugé « pas responsable » de comparer la Guadeloupe à d'autres régions françaises (selon Xavier Bertrand, le secrétaire général du parti). A droite, l'inquiétude est grande. D'un côté, les parlementaires, qui regrettent parfois la discrétion de Nicolas Sarkozy sur ce dossier, redoutent que l'île ne bascule dans le chaos. De l'autre, ils craignent, si le gouvernement devait lâcher beaucoup du lest, que les revendications sociales ne se propagent à toute l'outre-mer et, au-delà, à la métropole. Les déclarations d'Olivier Besancenot (attendu demain sur l'île, dans la foulée de José Bové), qui a émis l'espoir que « la mobilisation massive » outre-mer « annonce un printemps de luttes » dans toute la France, ne les ont pas rassurés.

Dans ces circonstances, certains ont déjà trouvé un fusible : Yves Jégo. Le député du Nord Christian Vanneste a ouvertement conseillé, hier, au secrétaire d'Etat à l'Outre-mer de « démissionner ». « Un mauvais esprit pourrait s'interroger sur le rôle et l'efficacité d'un ministre qui, présent ou absent, manque singulièrement de présence », a-t-il noté. Oubliant de mentionner que l'affaiblissement d'Yves Jégo doit beaucoup à François Fillon. C'est le Premier ministre qui l'a fait revenir de Guadeloupe et a refusé de financer un éventuel accord sur les bas salaires.

PIERRE-ALAIN FURBURY
Par Thierry Giorgio - Publié dans : Debout la République
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